Tout a commencé comme spectateur. Au festival de Montier-en-Der, devant une image projetée en grand format, j'ai vu pour la première fois cette silhouette improbable — crête dressée, pattes en éventail, regard de prédateur. Je ne savais pas encore le nom de cet insecte. Je savais seulement que je voulais le trouver.

00 — La quête

Une obsession née à Montier-en-Der

C'est une photo vue en tant que spectateur au festival de Montier-en-Der qui a tout déclenché. Une empuse en grand format sur l'écran — et moi, dans la salle, qui ne comprenais pas encore que cet insecte allait devenir une obsession. Dès le lendemain, je cherchais : qu'est-ce que c'est ? Où ça vit ? Comment on la trouve ?

Ce qui a suivi, c'est une longue série de sorties infructueuses. Des heures à scruter la garrigue, à regarder chaque tige, chaque brin d'herbe. Rien. L'empuse se fondait dans le décor avec une maestria décourageante. Je commençais à douter — peut-être que dans le Var, elle était rare, peut-être que je cherchais au mauvais endroit, au mauvais moment.

« C'est quand j'ai cessé de chercher, déconcentré par un SMS, que je l'ai trouvée. »

— La première rencontre

La première vraie rencontre est arrivée par hasard — comme souvent les meilleures choses. J'étais sur le terrain depuis un moment, à scruter la garrigue sans résultat, quand mon téléphone vibre : un SMS d'un ami. Je m'arrête, je réponds, je décroche de ma recherche quelques secondes. Et c'est exactement à ce moment-là, déconcentré, que je reprends ma marche — et qu'une brindille bouge sous mes pas. Je me fige. Je m'accroupis lentement. C'était elle.

J'étais tellement heureux, tellement ému, que toutes mes photos de ce jour-là étaient floues. Les mains qui tremblent, l'excitation qui prend le dessus sur la technique — n'importe quel photographe passionné comprendra. Cette première rencontre ratée photographiquement, je la garde pourtant comme l'un de mes meilleurs souvenirs de terrain.

Depuis ce jour, j'ai appris à les repérer, à connaître leurs habitudes, leurs sites de prédilection, leurs rythmes saisonniers. L'empuse est devenue un sujet central de mon travail — au point d'être le fil conducteur de mon exposition aux 20 ans du festival de Montier-en-Der. La boucle était bouclée : l'insecte que j'avais découvert comme spectateur dans cette même salle, je revenais l'y montrer en tant qu'exposant.

01 — Biologie

Ce n'est pas une mante religieuse

L'erreur est fréquente et compréhensible : avec ses pattes ravisseuses et sa posture hiératique, l'empuse évoque immédiatement la mante religieuse. Mais Empusa pennata appartient à un ordre distinct — celui des Embioptères non, des Mantodea certes, mais à une famille à part entière, les Empusidae — avec des caractéristiques qui en font un sujet photographique radicalement différent.

Le premier signe distinctif saute aux yeux dès la première rencontre : la crête céphalique, cette excroissance conique qui surmonte la tête et lui donne ce profil de créature fantastique. Les antennes sont également plumées chez le mâle, évoquant de minuscules fougères. Aucune mante ne possède ces attributs.

L'empuse est aussi, contrairement à la mante, un insecte essentiellement méditerranéen. Dans notre région, elle est chez elle. Le Var, les garrigues calcaires de Provence, les lisières ensoleillées entre les chênes kermès — c'est son territoire, et le nôtre.

02 — Cycle de vie

L'insecte qui grandit en hiver

Voilà ce qui rend l'empuse si particulière, et si peu connue : son cycle de vie est à l'inverse de la plupart des insectes. Alors que la nature semble endormie, que les autres photographes rangent leur macro pour l'hiver, l'empuse, elle, est en pleine activité.

Les œufs éclosent à la fin de l'été. Dès octobre, les premières larves apparaissent dans la végétation basse — petites, transparentes, avec déjà cette crête caractéristique qui les trahit. Elles vont grandir tout au long de l'automne et de l'hiver, chassant de petits insectes, muant plusieurs fois, jusqu'à atteindre leur forme adulte au printemps suivant.

« Pendant que les autres insectes dorment, l'empuse chasse. C'est l'hiver qui lui appartient. »

— David Gaultier, terrain, Var

Les adultes, eux, apparaissent d'avril à juin. Les femelles sont plus grandes, plus massives. Les mâles, plus agiles, aux antennes somptueusement pectinées, sillonnent la garrigue à la recherche d'une partenaire. La saison adulte est courte — quelques semaines à peine — avant que le cycle ne recommence.

03 — Observation

Où et quand la chercher

Dans le Var, l'empuse se rencontre dans les milieux ouverts et ensoleillés à dominante calcaire : garrigues à romarin et thym, lisières de pinèdes, talus herbus exposés au sud. Elle affectionne les tiges verticales sur lesquelles elle se poste, mimétique, immobile, attendant que la proie vienne à elle.

La période d'observation idéale commence dès octobre pour les larves. À ce stade, elles mesurent à peine 1 à 2 centimètres mais sont déjà photographiquement fascinantes — leur transparence, leur fragilité apparente, contrastent avec leur regard de chasseur implacable.

En hiver, par temps doux et ensoleillé, on les retrouve actives même en plein janvier. Ce sont ces jours-là que les sorties valent l'or : la lumière rasante de l'hiver provençal, douce et chaude malgré la saison, fait des merveilles sur les détails de l'insecte.

Calendrier de terrain — Empusa pennata dans le Var

  • Octobre – Novembre Premières larves. Petites (1–2 cm), très actives, idéales pour la macro extrême.
  • Décembre – Février Larves en croissance (3–5 cm). Plus faciles à trouver, comportement de chasse observable.
  • Mars – Avril Larves quasi-adultes, dernières mues. Sujets spectaculaires, grande taille.
  • Avril – Juin Adultes. Mâles en vol, femelles posées. Accouplement et ponte.
  • Juillet – Septembre Pas d'observation — les adultes ont pondu, les œufs incubent.
04 — Approche photographique

La patience comme premier objectif

L'empuse est un sujet relativement tolérant — bien plus que de nombreux insectes macro. Si l'approche est lente et douce, elle reste en place, parfois pendant de très longues minutes. Cette tolérance est une invitation à prendre le temps de chercher l'angle, de travailler la mise au point, d'attendre la bonne lumière.

Ma priorité absolue : le regard. Les yeux globuleux de l'empuse, avec leur pupille en forme de fente, sont hypnotiques. Quand la mise au point est parfaite sur ces yeux, l'image parle d'elle-même. J'utilise pour cela mon objectif macro dédié, qui me permet de travailler en rapport 1:1 tout en maintenant une distance de travail raisonnable — essentielle pour ne pas effrayer l'insecte.

Pour la lumière, je travaille en deux modes selon la situation. Par temps couvert ou en sous-bois, la lumière naturelle diffuse est souvent suffisante et donne des résultats très doux, sans ombres dures. Par temps ensoleillé, j'utilise un flash déporté positionné sur le côté pour créer un modelé qui révèle les textures incroyables de l'exosquelette — les détails de la crête céphalique, les épines des pattes, la structure des antennes plumeuses du mâle.

05 — Réglages & technique

Les paramètres qui font la différence

En macro, la profondeur de champ est le combat permanent. Sur un insecte de 3 à 5 cm, à f/3,2, la zone nette est infime — quelques millimètres à peine. C'est précisément ce parti pris que j'ai adopté et que je ne lâche plus : tout miser sur les yeux, laisser le reste fondre dans un bokeh soyeux. La mise au point devient un geste chirurgical, mais le résultat — cette façon dont le sujet émerge d'un fond presque abstrait — est incomparable.

Mon réglage de référence : f/3,2 en permanence, vitesse suffisante pour figer l'insecte (1/200 s minimum), ISO adaptés à la lumière disponible. Le flash déporté n'intervient qu'occasionnellement, quand la lumière naturelle est vraiment insuffisante — mais la plupart des images sont réalisées en lumière naturelle pure.

Réglages de référence — macro empuse en lumière naturelle

  • ObjectifMacro dédié 100 mm (ou équivalent)
  • Diaphragmef/3,2 — ouverture maximale, bokeh assumé
  • Vitesse1/200 s minimum pour figer le sujet
  • ISOAdaptés à la lumière naturelle disponible
  • Flash déportéOccasionnel uniquement — lumière naturelle en priorité
  • Mise au pointManuelle en finition sur les yeux, AF comme point de départ
  • StabilisationDéclencheur à distance ou retardateur 2 s si possible

Un dernier conseil, peut-être le plus important : photographiez tôt le matin. Au lever du soleil, l'empuse est engourdie par la fraîcheur nocturne. Elle bouge peu, reste en place, et la lumière rasante du matin provençal crée une atmosphère que la lumière de midi ne donnera jamais. C'est dans ces premières heures que se font les images qui font rêver.

06 — Éthique & respect

Photographier sans déranger

L'empuse, comme tous les insectes, mérite notre respect absolu. Quelques règles simples que j'applique systématiquement sur le terrain : ne jamais déplacer l'insecte pour l'installer sur un fond plus joli — la tige où il se trouve, c'est son territoire de chasse, son espace vital. Le déplacer, c'est l'exposer à une prédation et l'éloigner de ses proies potentielles.

Ne jamais non plus couper ou plier la végétation autour pour dégager le fond. Ne pas utiliser de flash frontal puissant qui pourrait éblouir l'insecte. Et toujours, toujours, repartir en laissant les lieux exactement dans l'état où on les a trouvés — la nature n'est pas un studio.

Ces contraintes éthiques sont aussi, paradoxalement, ce qui produit les plus belles images. Travailler avec la lumière telle qu'elle est, avec le fond tel qu'il est, avec l'insecte là où il a choisi d'être — c'est accepter l'imperfection du vivant, et c'est ce qui rend chaque image unique et vraie.

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